par Anne Poiré


 

C’est grâce à un ami africain, auteur jeunesse, que je découvre cette information incroyable : un pasteur évangéliste africain vient de mourir, à son domicile, samedi.

Franklin Afanwi Ndifor n’est pas tout à fait un inconnu : il a été candidat du Mouvement Citoyen National à la dernière élection présidentielle du Cameroun. Ce 16 mai, ce monsieur – fondateur de l’église Kingship ministry basée à Bonaberi, à Douala - s’est donc éteint, emporté par le Covid-19.

Certes, j’entends dire que la chaleur tue le virus, que l’Afrique s’en sort bien (on oublie les classes d’âge de ce continent et le peu de fiabilité des statistiques), je lis les pires âneries, par des populistes chloroquinés comme le sont Donald Trump ou Jair Bolsonaro... Mais là, je crois vraiment que cette information dépasse les bornes !

Des centaines d’électeurs, et de croyants, devraient s’avérer paniqués, désormais. Car ce cher monsieur Ndifor était trop fort : par l’imposition des mains, il était capable de soigner le Covid.

Ben voyons !

D’ailleurs, beaucoup ont prié pour sa résurrection. Chants, prières d’invocation... Il ne serait pas tout à fait mort samedi, il était juste « en retraite spirituelle avec Dieu. » « Le pasteur est en concertation avec Dieu, il sera ressuscité et nous reviendra. » Des séances se sont multipliées, pour rappeler à la vie le pasteur décédé. Le légiste a été contesté, la famille voulait conserver le corps, puisque la résurrection était pour bientôt. Les forces de l’ordre ont dû intervenir, les équipes de désinfection et d’intervention rapide du centre de Covid-19 de Douala, aidées d’un dispositif anti-émeutes, ont eu bien du mal à récupérer le « saint homme ». Parvenir à l’inhumer a représenté un véritable exploit ! 

Je me souviens du premier cluster actif, en France, à Mulhouse, et des conséquences qui ont suivi. La religion, les croyances, superstitieuses, ont sans doute encore de beaux jours devant elles. Combien de personnes ce M. Ndifor a-t-il contaminées, condamnées à mort ? La presse se fait l’écho de l’étendue de la naïveté générale : « Maintenant qu’il est mort, comment les gens sur lesquels il a posé les mains vont-ils guérir ? » Personnellement, j’orienterais plutôt la question en ces termes : « Combien seront-ils à mourir, à cause de lui ? »

 

Poiré 22 mai

 

En France, les lobbies religieux sont en train d’obtenir une aberration : la réouverture des lieux de cultes avant même celle des cinémas et des salles de théâtre ! Pourtant, mon dieu, combien de spectacles-cultes ont balisé nos vies...

On l’aura compris, je ne suis à vrai dire pas franchement pour la « libération » anticipée de ces endroits qui rassemblent et diffusent de suspectes gouttelettes... Mosquées, synagogues, églises retiennent leur souffle, espèrent un changement rapide. Le conseil d’État a demandé au gouvernement de rouvrir ces espaces confinés, propagateurs, en un mot, dangereux. Pendant ce temps, des fidèles africains tentent – en vain, faut-il le préciser - de ressusciter le fameux pasteur. Et Trump suggère des injections de javel, ou peut-être de tout autre désinfectant. À titre préventif, le voilà qui se lance dans la grande bataille de l’hydroxychloroquine, pour lui, ce traitement pourrait être « un don du ciel » : au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.