par Bernard M.


 

Premières vraies sorties un peu plus lointaines ces derniers jours avec le retour du beau temps après une première semaine de déconfinement particulièrement pluvieuse dans notre région…

Dimanche nous avons fait une première rando à quelques kilomètres au-dessus du lac. Autour du lac lui-même il y avait pas mal de monde, parkings encombrés comme aux jours d’été. Nul doute que de nombreux Toulousains sont venus jusqu’ici, un lieu prisé à cinquante kilomètres de la grande ville. Le niveau du lac est très haut, logique après toutes les pluies de ce printemps et de bon augure quand on sait les risques de sécheresse déjà annoncés dans de nombreuses régions. Il est somptueux, le bleu de ses eaux très hautes enserré par les diverses nuances de vert des forêts et des prairies. Il y a beaucoup de promeneurs sur le chemin qui en fait le tour mais rien d’inquiétant tout de même, ce n’est pas Châtelet aux heures de pointe ni même les berges du Canal Saint-Martin et il est heureux que les gens puissent y déambuler.

Mais ce n’est pas notre but aujourd'hui. C’est de forêt que nous avons envie et nous montons nous garer un peu plus haut. Nous nous enfonçons le long d’un chemin qui suit un vallon que dévale une petite rivière torrentueuse qui sourd quelques kilomètres plus haut seulement et qui est déjà grossie de quantités de petits ruisseaux. Ce n’est pas pour rien que l’on dit que la Montagne Noire est un château d’eau pour toute la région. À quelque distance, de l’autre côté du vallon passe une route assez fréquentée, spécialement en ce dimanche, et nous sommes abasourdis de la rumeur qui en provient, bruit de voitures et surtout pétarade des motos. On avait tout simplement oublié ce genre de fracas et on s’attendait peu à l’entendre dans un lieu pareil. Mais notre chemin s’incurve, s’éloigne du vallon, grimpe sur le plateau découvert et s’éloigne définitivement de la route, avant que nous ne pénétrions à nouveau dans la forêt. C’est presque le silence ici, ne reste plus que le bruissement des branches animées par un vent léger et quelques chants d’oiseaux. A mesure que nous nous enfonçons nous ressentons plus fortement la présence bienfaisante des arbres qui nous entourent.

 

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Le lac vu de la forêt

 

Depuis, à deux reprises, nous sommes montés plus haut dans la montagne, dans des coins plus reculés et pour des marches plus longues. Trois heures à chaque fois et sans rencontrer personne bien qui nous ayons suivi des chemins balisés. Avec l’envie de s’enfoncer encore plus, de se laisser glisser au long de sentes étroites, au hasard, de s’y perdre… Sans le faire bien sûr ! Mais l’envie était là. Comme un appel…

Je suis de plus en plus fasciné par la forêt. J’ai toujours été attiré par ce milieu, j’en ai pour preuve des textes anciens sur lesquels je suis retombé récemment. La prise de conscience de ce que l’on sait désormais, grâce à des bouquins comme celui de Wohlleben, La vie secrète des arbres ou par le tout récent documentaire sur France 5, Le génie des arbres, renforce cet attrait. Bon je me méfie de certains zozos qui prônent des thérapies par les arbres qui seraient remède à tout mais n’empêche il est vrai qu’un bain de forêt, comme dans un registre différent un bain de mer, a pour moi des effets plus puissants qu’une simple balade dans la campagne.

 

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Sous les ramures des grands hêtres

 

Mardi soir, D. a pu remplacer son cours de yoga sur Zoom par un cours en présenciel chez une de ses élèves qui habite à quelques kilomètres en pleine campagne et qui avait mis son jardin à disposition. Pour ma part c’était la première fois que je participais à un cours en extérieur. J’ai trouvé ça formidable. Il faisait un temps délicieux, avec une petite brise fraîche portant par vague des odeurs d’herbe coupée et de fleurs, le ciel bleu au-dessus de nous, le léger bruissement du feuillage, un concert continu de chants d’oiseaux. Curieusement, alors que pendant une séance de yoga, on se met normalement en situation de « retrait des sens » par rapport à l’extérieur, concentré sur notre souffle, sur nos gestes et sur notre intériorité, là au contraire, je n’ai cessé d’entendre ces oiseaux et même de les écouter, ils ne m’ont en rien gêné, j’étais avec eux tout en étant parfaitement concentré sur ma pratique.

 

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Que de bonnes choses donc en ces débuts de déconfinement et qui devraient nous rendre simplement satisfaits, heureux de notre sort…

Mais…

MAIS…

les nouvelles de Paris et de nos proches ne sont pas bien bonnes. Non que qui que ce soit ait été frappé par le covid. C’est plus insidieux. Ce sont les conséquences du confinement et des nouvelles conditions de vie auxquelles elles contraignent qui à la longue entraînent des dégâts psychologiques. C’est la maladie grave d’une personne proche qui semble se réveiller. Ce sont d’autres soucis encore… On ne peut se contenter de notre cocon, même s’il est plaisant et s’il s’est récemment élargi aux dimensions d’une vaste bulle de 100 km de diamètre. Que faire ? Monter à Paris ? Cela servirait-il à quelque chose ou juste à nous plonger, nous qui sommes déjà personnes à risque, dans une ville où la circulation du virus reste importante ? Quand on revient au réel, que l’on sort des bulles de sérénité qu’offrent telle grande marche en forêt, telle apaisante séance de yoga, nous revoici face à notre impuissance, à nos doutes, à notre incapacité à prendre des décisions, ballotés que nous sommes tant par l’incertitude même de la situation que par des injonctions contradictoires, venus non seulement de l’extérieur mais du fonds de nous-mêmes. On se sent culpabilisés et l’on ronge son frein, impossible d’accueillir dans la légèreté chaque nouveau jour qui se lève.

C’est dire combien m’a fait plaisir, parmi ces pensées moroses, la jolie et pas banale aventure de naissance que raconte Martine L…


 

(jeudi 21 mai, midi)