par Brigitte Beaudin



Dixième jour de la première phase de déconfinement. Pour moi, pas de changement notoire si ce n'est une visite au médecin qui doit lire des analyses faites il y a quelques semaines et une coupe de cheveux. Dans les deux cas, masques, peu de monde dans la salle d'attente du docteur et arrivée ponctuelle chez la coiffeuse qui n'ouvre la porte que lorsque son 4e client a quitté le salon, vaporisation des sièges, passage de lingettes et stérilisation de tout ce qui a été utilisé. Aucune perte de temps, ambiance feutrée : on se consacre à l'essentiel.

Mon mari a pu se rendre à la jardinerie pour acheter des fleurs et des plants de légumes. Le parterre est de plus en plus beau, cet été le potager sera prêt à offrir à tous nos invités, tomates, haricots verts, courgettes et basilic.

Nous avons dîné chez mon beau-frère et ma belle-sœur. Il s'est occupé de la tonte de la pelouse tandis qu'elle repeignait les murs du premier étage. Le gris est devenu très à la mode et recouvre les meubles de bois, les plinthes et les huisseries. Elle continue à faire des masques avec quelques femmes du village qui se rassemblent dans la salle de fêtes et ont déjà distribué leurs protections aux villageois et au personnel soignant des petites villes environnantes.

 

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Le Whats'apéro du samedi 19 heures a été maintenu car il n'est pas encore envisagé de se revoir. Une de mes amies nous disait qu'elle était très angoissée de ressortir et préférait ne pas quitter sa maison. J'ai été surprise mais, le lendemain, dans l'émission C Politique, le sociologue Gérald Bronner parlait du "syndrome de la cabane" qui succédait souvent chez certains à des périodes d'enfermement. J'ai repensé au roman de Thomas Mann, La Montagne Magique, dans lequel des malades ne souhaitent plus quitter le sanatorium dans lequel ils se sentent en sécurité. J'ai aussi repensé à un film de Buñuel dont j'ai oublié le nom mais gardé l'image de paroissiens enfermés dans une église dont ils se sentent incapables de sortir et à la chanson "Hôtel California" qui traite du même sujet.

Moi, je ne suis pas dans le même état mais je n'ai pas envie de retourner en ville. Je vais attendre que les rues reprennent vie, que les restaurants, les terrasses de café, les cinémas, les théâtres rouvrent leurs portes.

Si la vie a peu changé pour moi, ce n'est pas le cas pour mes fils et pour leurs familles. Ils vivent à Paris et apprécient la liberté de sortir de chez eux sans laisser passer. Je reçois des photos et des vidéos dans lesquelles ils pique-niquent dans la forêt, font griller des saucisses dans des jardins de banlieue et semblent particulièrement réjouis comme s'ils redécouvraient ces plaisirs simples.

Nous les reverrons en juillet et nous savons déjà l'envie qu'ils ont de revenir à la campagne.