par Mireille Dupraz


 


Voici un texte inspiré par mon introspection et des réflexions venues en cette période de confinement.

Mon âge (78 ans) m’a fait et me fait traverser, trois crises collectives existentielles, touchant également le monde économique et bouleversant le modèle sociétal.

1. La première, à moins de trois ans, je l’ai vécu à travers la conscience de mes parents. Il s’agit, en France, du deuxième volet de la deuxième guerre mondiale, où certain-e-s ne combattaient pas d’autres êtres humains mais une idéologie, le nazisme.

J’ai eu la chance d’avoir un père d’une grande sensibilité, qui, au-delà de tout parti politique et de pratique religieuse, a participé à la reconstruction, au moins d’un village. Devenu maire à la Libération, après les déchirements de la guerre, il a permis de faire vivre ensemble ses habitants, se dévouant plus particulièrement à toute personne dans le besoin, quelle que soit son opinion.
Il m’en est resté la certitude que nous avons à comprendre ce qui nous rassemble, en tant qu’êtres humains navigant sur le même bateau, la Planète Terre au sein de l’Univers. Dans un esprit de respect de l’autre et de soi-même, de compassion solidaire et… d’émerveillement…

2. Les évènements de Mai 68. Avec une période où pratiquement plus aucune industrie ni infrastructure ne fonctionnaient. Avec leur remise en cause de l’ordre établi, des mœurs, du patriarcat, du mandarinat, du pouvoir et de la hiérarchie, déjà de la société de consommation, etc. Et leur monde paradoxal où il était interdit d’interdire !

À leur suite, il est vrai que la société de consommation en a continué de plus belle. Cependant 

ont émergé de nombreuses pratiques de développement personnel, et aussi spirituelles. Certaines, comme le Yoga, le chi gong, etc. pouvant même devenir biens de consommation, au même titre que certaines pratiques sportives. Ceci dit en simple constat, et non jugement.
La science a aussi pris un grand essor, avec le développement de la robotique, des technologies de communication, de la science quantique, etc. Celle-ci entraînant autant au niveau sociétal que spirituel, des interactions à gérer par l’être humain. Gestion où pour paraphraser une vieille formule “Science et aussi Spiritualité sans Conscience ne peut-être que ruine de l’âme” !

Et ainsi, nous sommes arrivé-e-s à la société actuelle, constituée de simples consuméristes à des spirituels dans leurs bulles, en passant par toutes les formes intermédiaires : recherche de bien-être tournée sur soi ou-et sur les autres, spiritualités ouvertes ou non sur le sociétal, etc. Société où les propositions de gestion politique sont souvent basées sur d’anciens modèles, alors que d’autres sont sans doute à mettre en place, en prenant en compte de nombreuses initiatives locales et courants de pensée émergeants.

3. Le confinement dû à un petit virus qui fait peur à cette gigantesque entité qu’est devenue l’humanité ! Nous le vivons présentement, à la fois ensemble et séparément.

Dans un avenir proche bien que non connu, il semblerait que la société ne pourra plus être tout-à-fait la même.

Celles et ceux qui sont appelés les seniors, les personnes âgées, les aînés, y auront-ils encore une place, un rôle ?

À un moment sous prétexte de les protéger, peut-être pour se donner bonne conscience, il a été projeté, pour ces personnes, des règles de confinement plus strictes. Au risque qu’elles ne puissent plus "donner de sens à leur vie", étant simplement en position "de survie".

Pour ma part, ces règles m’ont inquiétée. L’enfant de moins de 3 ans, étonnée par la capacité de résilience de l’humanité, a ressurgi au fond de moi. Elle m’a permis de faire remonter des souvenirs de rencontres improbables d’êtres, qui au plus profond des ténèbres ont fait jaillir, dans ma vie, une étincelle en toute humilité.

Et j’en reviens étonnée d’être devenue une “ancêtre”. Une ancêtre qui laisse vagabonder son esprit sur les dernières semaines. Une “ancêtre” qui contemple le bouleau parasol de son jardin. Bouleau qu’elle a dénommé “Bouleau Enchantant”. Où, juste avant le confinement, quelques personnes-amies de diverses générations, ont médité avec elle.  Où elles ont ressenti, imaginé ou entendu la musique de la Nature.  

 

BouleauPrintemps24mars2020


Puis je suis restée seule.

Une fois par semaine, avec ces amis, nous avons organisé une rencontre vidéo.

Mes journées et mes nuits étaient calmes en apparence.

Mais pourtant, l’air ambiant était parfois aussi pesant que celui d’un orage en préparation.
Et arriva le moment du pré-déconfinement.
Des activités et des soins laissés en suspens, se sont remis en place, masqués !
Et avec de jeunes ami-e-s nous avons alors “démasqué” nos souhaits intergénérationnels, et une randonnée s’est organisée jusqu’au cratère d’un volcan “éteint” d’Auvergne.
Le virus prendra-t-il exemple sur lui ? Et la société, elle, se réveillera-t-elle ? Sur quels lendemains ?

Nous, nous en sommes revenues régénéré-e-s par ce merveilleux, qui, envers et contre tout, transparaît à travers les magnificences de la Nature.

Qu’il accompagne votre besoin le plus profond.


(19 mai 2020)

(Une première version de ce texte a été écrite pour la revue “Mosaïque de France Monde Culture”, la fin a été remaniée pour ce blog)