Vivre confinés

29 mai 2020

Chronique confinée 10

 

par Peka


 

Jeudi 21 mai 2020

En train de regarder Le grand échiquier. Souvenirs de Jacques Chancel et aujourd’hui Anne-Sophie Lapix en meneuse de jeu. Mais, malgré la qualité du spectacle, le professionnalisme des invités, il y a quelque chose de papier glacé là-dedans. Tout est propre, souriant, plein de politesse et de bons sentiments quand on voudrait que quelqu’un sorte des codes, bouscule le bel ordonnancement des interventions. Je pense à la façon dont un Higelin, une Brigitte Fontaine, un Coluche ou un Gainsbourg étaient capables de dynamiter une telle soirée.

Les gens que je vois ce soir sont des artistes que je respecte et que j’apprécie. Ils ont du métier à très haut niveau, une sensibilité exceptionnelle, mais le spectacle, même le meilleur, est sans surprise.

*

Nous sortons de plus en plus, presque chaque jour et nos corps retrouvent peu à peu leurs moyens pour de plus longues promenades. Hier j’ai passé plusieurs heures chez moi et j’ai pu aller dans les magasins d’alimentation, à la librairie. Ce fut un sentiment de liberté.

*

 En lisant le dernier numéro de Diérèse, je découvre un long entretien avec Philippe Lemaire qui est écrivain et créateur de collages. Un art que j’aime beaucoup et qu’il me faut pratiquer plus. J’ai fait quelques dessins sur mon téléphone, grâce à une appli. Cela ne se comparera jamais à ceux que je découvre dans certains groupes de carnettistes sur Facebook.


Lundi 25 mai 2020 à 21 h 40 — Asnières, Alma (Carnet)

J’ai passé la journée d’hier chez moi où il me fallait être pour la révision annuelle de ma chaudière. Une journée de solitude confortable. JDS va mieux aujourd’hui après plusieurs jours difficiles du fait d’un abcès dentaire qui l’a fait souffrir.

Hier, comme le dimanche précédent, nous sommes allés passer un moment avec sa mère qui commençait à éprouver difficilement la solitude. C’est aussi maman qui trouve maintenant le temps long et voudrait que nous puissions aller la voir.

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La semaine dernière on apprenait la mort de Michel Piccoli à l’âge de 94 ans. Voilà un esprit libre comme je les aime. Un documentaire, hier soir, montre combien cet homme a su, non seulement choisir ses rôles, mais aussi choisir sa vie. Je l’ai admiré pour cela depuis longtemps. Au cinéma, il émanait de lui une vitalité curieuse et sarcastique, une part de mystère et de défense qui allait de pair avec des prises de position très engagées. Et puis il a eu la bonne idée d’être l’ami — et même l’amant le temps d’une liaison — de Romy Schneider avec qui il a tourné plusieurs films. Cette femme ne cessera jamais de me bouleverser.


Mardi 26 mai 2020

« Écrire n’éclaircit rien. Ne résout rien. Qu’entreprendre de mieux ? Le regard ne suffit pas à faire tenir la vie. » C’est une notation de Frédérique Germanaud dans son Courir à l’aube. Les mots, ah ! Les mots ! Je les aime et je voudrais à la fois les posséder tous et savoir en user comme personne d’autre. Ils seront toujours par la lecture et l’écriture au premier plan de mes activités.

J’ai réactivé mon atelier de collages. Je sais implicitement que c’est un art qui m’aidera à faire progresser mon écriture. Hier je suis passé chez Boesner où j’ai acheté une boîte de gouache pour retrouver les sensations de la peinture. Je multiplie ainsi les activités, touche à tout et créateur de rien, en perpétuelle recherche de soi.

*

Henry Bauchau, Hélène Dorion, Patrice Cazelles. Trois noms, trois écritures totalement différentes. Bauchau pour un bref album de textes courts en regard de photos de Marie-Agnès Kopp. Une approche de ces photos qui me ramène à ce que je veux écrire en regard des dessins de JL.

Hélène Dorion fait partie maintenant de la maison Bruno Doucey. Son Comme résonne la vie a obtenu un succès conséquent et c’est un recueil qui s’inscrit totalement dans son univers. Espaces intérieurs, frémissements, volonté interrogative d’aller vers le monde sans jamais renoncer aux nourritures de la solitude. Son écriture est ample, limpide sans prétention.

"[…] entendrais-tu

tes mots au bout de l’aube
si tu écrivais
ce qui brûle en toi ?"

Enfin j’ai lu le dernier opus de Patrice Cazelles, Argoties, paru comme le Bauchau chez Unicité. Je retrouve la langue si personnelle de Patrice, cette découpe bousculée des mots, des phrases, sorte de cut up qui mêle le patois et les mots rares, les citations et l’humour, la provocation et la réflexion philosophique, l’amour du parler populaire et un choix recherché des expressions. Si sa langue n’est pas du tout la mienne, elle me parle cependant, m’interpelle et m’apprend à écrire mieux.

Il peut sembler ne rien y avoir de commun entre Hélène Dorion et Patrice. Mais ils ont tous les deux la nécessité d’écrire, chacun avec son univers, sa langue, son approche mentale du monde environnant. En un mot, ils sont écrivains. Car il ne s’agit pas de paraître, mais de faire.

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Mercredi 27 mai 2020

Saurons-nous revivre ? Je viens de lire des contributions du blog Vivre confinés. J’y retrouve ces notations de l’existence qui nourrissent les mémoires déposées à l’APA. Bonheur du partage.

Hier matin j’ai téléphoné à NK, notre hôtesse pour les réunions du groupe 4. Elle s’est fait agresser dans la rue près de chez elle pour lui voler son sac. Les crétins qui ont fait cela n’ont réussi qu’à la faire tomber et à ce qu’elle se retrouve avec un bras et un poignet cassés, mais avec son sac ! Elle va mieux, n’a plus de plâtre et nous avons échangé, elle me remerciant de lui avoir permis de lire Guyotat, moi lui disant le plaisir que j’ai eu à lire Pierre, son mari. Il faut qu’elle dépose son Gracias a la vida à l’APA !

JDS est à côté de moi et alterne travail à l’ordinateur et communications téléphoniques avec des collègues qui ont besoin de ses connaissances. Certains l’appellent « la boîte à outils » tant son ancienneté et son expérience sont utiles. Là où d’autres travaillent par dessous la jambe, où d’autres encore n’ont aucun respect pour autrui et se livrent à la médisance. Univers d’employés confinés avant le confinement dans un monde restreint de personnes et de préoccupations, érigeant leur vanité à la hauteur de leur insignifiance. C’est un univers dans lequel je n’aurais jamais pu travailler tant il est soumis à des contingences professionnelles et humaines qui n’ont jamais été les miennes.


Jeudi 28 mai 2020 à 11 h 57 — Asnières, Alma (Carnet)

Dans Courir à l’aube Frédérique Germanaud écrit : « Recréer un passé commun est une illusion. Même pas sûr que nous ayons tous vécu le même événement. Avec le temps pourtant, un consensus s’est fait autour de quelques lignes de force : le renoncement, la lâcheté, l’aveuglement. Ces lignes assez floues ont fini par constituer un maillage de causes et conséquences, victimes et responsables. Je ne sais plus ce qui m’appartient en propre dans cette succession de faits. […] L’effet papillon a passionné les scientifiques. Faut-il l’appliquer à une discipline telle que l’Histoire ? Certains démontrent à l’aide d’équations qu’un événement anodin peut déclencher des effets en cascade — et qu’une très légère modification du fait initial bouleverse la chaîne des conséquences. Rien n’est donc prévisible. » A-t-elle raison ? Les algorithmes de notre société de plus en plus numérisée nous veulent de plus en plus prévisibles. Notre esprit humain offre-t-il toujours des possibilités supérieures à la machine ? Nos comportements individuels empêcheront-ils à jamais la société d’être normalisée à outrance pour le seul bénéfice de quelques-uns ? Resterons-nous des individus ou ne sommes-nous pas déjà les pions anonymes de cette société ?

Je partage par ailleurs les réflexions de l’économiste Daniel Cohen lorsqu’il met en garde contre la déshumanisation qu’entraînerait le tout numérique. Si je prends l’exemple du confinement dont nous émergeons seulement et avec encore beaucoup de contraintes, je peux mesurer les échanges que, dans cette situation particulière, les technologies ont permis d’avoir. Nous avons gardé des liens à distance, nous avons communiqué. C’est le téléphone avec nos mères, nos familles, nos amis, c’est le télétravail de JDS., ce sont les contributions au blog Vivre confinés. Mais cette mise à distance qui abolit le contact physique, elle relève aussi d’une dépendance à ses outils. Qu’en serait-il si je ne sais quelle puissance décidait de nous en priver d’un seul geste ? Plus de réseau, plus d’électricité ! Il suffirait d’une telle coupure pour que nous mesurions combien nous sommes prisonniers de forces qui nous dépassent. J’écris cela dans un de mes carnets, je n’ai besoin que de ces pages, d’un stylo pour m’exprimer. La transcription puis la transmission que je pourrai en faire grâce à l’ordinateur restent extrêmement fragiles à bien y penser.

*

Le blog Vivre confinés va cesser de recevoir des contributions à la fin de ce mois. Je remarque que leurs auteurs sont pour le plus grand nombre des femmes. On sait que les hommes se livrent moins à des écritures personnelles que ces dernières. Moins de souci de la mémoire ? Se suffisent-ils de leur parole publique, orale, des faits qui les font exister ? Là, où les femmes ont besoin d’un retrait écrit, d’une pensée pour la préservation de la mémoire ? Ces contributions, les échanges qu’elles représentent auront participé de cette traversée d’un désert obligé. Je les ai faites comme un exercice particulier, une mise à distance de mon journal tel que je le tiens sans filtres, mais avec un grand plaisir, le sentiment d’appartenir à une communauté intellectuelle qui donne son sens au mot humanité dans sa diversité et son rassemblement à la fois. 

*

Aujourd’hui les éditions Bruno Doucey fêtent aujourd’hui leurs dix années d’existence. J’ai écrit à Bruno et Murielle tout ce que je leur dois durant cette décennie, combien leur aventure est importante dans ma propre existence. Ils le savent déjà, mais j’ai plaisir à leur redire. Grâce à eux, depuis dix ans, je participe d’une histoire qui écrit la poésie telle que je l’aime, même si mes goûts, ma curiosité me conduisent à des lectures et des découvertes qui vont au-delà de ce qu’ils publient.

 

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Horizon arrière

 

par Nadine P.



Une pensée fulgurante s’est imposée à moi ce matin. Peut-être s’est-elle immiscée au moment précis où une légère hésitation de me retourner dans mon lit douillet s’est proposée, ignorant pour un temps, risqué, les appels du réveil et les horaires en enfilade qui allaient suivre.

Dans ce refuge provisoire est apparue l’image du champ de trèfles rouges découvert dans ma campagne bourguignonne il y a quelques jours. Les couleurs, la béatitude de l’instant n’étaient pas en cause même si elles me revenaient agréablement, c’est l’écho du mot « horizon » qui provoqua ce rappel.

Il faut avoir vieilli de quelques heures, quelques minutes au moins pour écrire sur soi. L’autobiographie ne souffre pas de l’avenir, même si elle se nourrit d’espoirs et de projets pour analyser le passé et se permet même quelques détours dans un présent intime, elle croît dans un hier enfoui depuis peu, ou caché pour employer quelques clichés dans des lettres jaunies, des malles empoussiérées ou, plus proches dans le temps, dans une envie de mettre en mots gourds, maladroits ou léchés et fins, des émotions tirées d’une pièce dont le personnage central, sans orgueil déplacé, serait nous-mêmes.

Devant nous, le mystère est encore lourd d’inconnu. L’autobiographie n’est pas concernée. L’avenir, parfois pas plus rassurant que ce que l’on vient de laisser derrière soi, est cependant dans le cas qui m’intéresse, à raconter dès qu’il sera passé derrière, invraisemblance ou paradoxe, élucubrations ou idioties, ce jeu du témoignage d’une vie par les mots, les textes, ne se fera pas sans le truchement d’une horloge biologique actualisée sans cesse. L’horizon en poupe n’existe pas, et pourtant...

Voir, regarder et contempler. Ces mots s’associent facilement à l’écriture de soi, autobiographie éphémère ou régulière, journal et autres écrits personnels. Un toucher de près de petits riens, un chemin intérieur parfois pour un temps curieusement, partagé.

 

photo horizon arrière


Mais si voir, regarder, contempler peuvent illustrer ces écrits, quand ce matin je les associe distinctement à cet horizon coloré découvert avec un ravissement proche du bonheur pur, ont-ils un point commun autre ? Mes réflexions du matin approximativement philosophiques ne m’ont pas empêchée de me lever.

« L’horizon est plus près ce soir que ce matin », écrit Jules Renard.

Quand j’écris sur mon matin interpellé, je suis déjà dans le récit du passé, dans cette trace laissée sur un pan de vie, de ma vie, l’horizon est pourtant encore bien ancré dans son rôle majeur, et pour cela, il est devant moi. La campagne était belle, rouge et verte à la fois, je savais déjà en la regardant qu’un souvenir me lierait à elle.

Il n’est pas encore minuit, nous ne sommes pas encore le 1er juin. Me vient un merci d’évidence pour les mots en partage. Ceux d’hier, de demain, quelle importance !

 

 

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28 mai 2020

Epilogue (provisoire ?)

                                           

 

par Catherine Bierling



De nouveau au bord du lac

Trois mois étranges ont passé

Qu’il y a-t-il de changé ?

Ce matin, goût sur la langue

De la première framboise

Libérant ses arômes.

Le soleil est plus fort

L’eau invite à la baignade

Les canetons ont grandi

Les gens sont dénudés

                                   ***

Les prairies sont rasées de près

Il n’y aura ni foin ni faneurs

Mais des silos aux mauvaises odeurs

Les bouchons ont repris sur les routes

Les files distanciées s’allongent

Devant le marchand de glaces

Et des masques épars

Jonchent les trottoirs

                                   ***

Mais aussi

La peur de l’Autre

Évitement des foules

L’angoisse du cinéma

De la salle de spectacle

Du marché convivial

Du petit restau sympa

De la fête votive

Ou de la fête du vin

De l’expo nouvelle

De la conférence inédite…

Peur d’approcher trop nos semblables

Devenus ennemis potentiels.

Blessure, déchirure

Dans le tissu social

Seront longues à cicatriser

                                   ***

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Au lac des gravières

Le vent agite toujours les roseaux

Le ciel est à nouveau clair

On entend le cri des poules d’eau

Les grèbes plongent profond

Et ramènent de petits poissons.


(26 mai 2020)

 

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27 mai 2020

Délicieuse baignade et paradoxe des interdictions qui n’en sont pas…

 

par Bernard M.



Depuis quelques jours le temps s’est mis à la chaleur. On croirait l’été. Dans le jardin une bonne partie des roses sont passées (mais d’autres vont éclore), tandis que chèvrefeuille et jasmin ont fleuri. Nous avons emballé le cerisier qui commence à rougir dans une gaze pour préserver les fruits du bec des oiseaux. On a repris la noria des volets, fermant côté jardin, plein est, en milieu de matinée, puis côté place, plein ouest, dès que le soleil de l’après-midi bascule sur notre façade. Notre maison ancienne a des murs très épais et protecteurs et fermer les volets est la condition pour préserver tout l’été une fraîcheur bienvenue à l’intérieur.

C’est un temps idéal pour les premiers plongeons.

Vendredi dernier, le jour le plus chaud, présumant que durant ce week-end de l’ascension il y aurait grande affluence au lac tout proche de Saint-Ferréol, nous avons décidés de monter plus haut dans la montagne à une petite trentaine de kilomètres de chez nous au bord d’un lac moins connu et moins fréquenté, situé en pleine forêt. Surprise en arrivant : une barrière obstrue à moitié la route, avec affiché un gros sens interdit et l’arrêté municipal en tous petits caractères, déroulé d’une dizaine d’inévitables attendus administratifs suivi des deux articles de l’arrêté proprement dit, lequel interdisait, jusqu’à nouvel ordre, l’accès au bord du lac et à toute activité nautique ou de baignade.

Léger agacement (euphémisme) ! Paradoxe : le lac, bien plus connu et couru de Saint-Ferréol, est complètement ouvert (non sans que, durant quelques jours il l’ait été ubuesquement à moitié, une de ses rives étant dans le Tarn où le préfet avait accordé une dérogation, l’autre en Haute-Garonne où la dérogation n’avait pas encore été accordée). Et celui-ci donc, bien moins fréquenté, est interdit !

Hésitation. D’autres voitures arrivent. Certaines rebroussent chemin, quelques autres passent outre et s’engagent vers le lac. Quant à nous, finalement, nous laissons la voiture et nous engageons à pied. Il y a des gens bien sûr. Je dirais une vingtaine en divers petits groupes familiaux ou amicaux sur la prairie où aboutit la route et d’autres que l’on devine plus au loin, sur le barrage ou au-delà, sur le sentier qui contourne le lac ou posés sur de petites grèves dans la forêt. Nous franchissons le barrage, toujours un peu hésitants et non sans un certain malaise, qui tient sans doute plus à la peur du gendarme qu’à une culpabilité qui ne nous parait pas avoir lieu d’être. Tout est bien flou de toute façon. Le bord du lac, c’est la grève ou bien aussi le chemin qui le longe dans la forêt, au milieu des hêtres ? Il y a de rares baigneurs ici ou là, nous croisons un groupe très équipé pour le pique-nique puis un autre avec gros sacs à dos et matelas mousse qui compte manifestement bivouaquer. La baignade est plus qu’attirante. Nous nous posons et nous mettons à l’eau. Bon, c’est un peu frais. Mais quel délice, très vite, dès que le corps s’y est fait. Cependant nous ne nageons pas bien longtemps et nous en sentons un peu frustrés. On ne peut s’empêcher d’être un peu tendu, à cause de l’interdiction. Nous reprenons la marche sans trop nous attarder pour finir le tour du lac et regagnons notre voiture sans incident.

 

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Une petite grève, entre lac et forêt, pour une délicieuse baignade

 

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Le rocher au bout du lac d’où nous aimons plonger, lorsque
le niveau est haut, comme c’est le cas en ce moment

 

Alors l’interdit ? En fait je crois qu’on est devant un truc bien français (ou latin peut-être ?) : l’interdit qui ne l’est pas vraiment tout en l’étant. Interdiction dissuasion ? Interdiction prétexte à verbalisation éventuelle ? Interdiction parapluie ? Un peu tout ça sans doute. Côté dissuasion ça semble avoir pas mal marché : du coup nous les « rebelles » avons profité de ce lieu moins fréquenté qu’à l’habitude, non sans nous sentir un poil gênés à l’égard des personnes qui ont été respectueuses.

Indépendamment de la crise actuelle, ça me fait penser au fait que pas mal des plans d’eau sauvages de la Montagne Noire arborent systématiquement des panneaux « baignades interdites » que l’on a appris à ne pas respecter. En vérité ils n’ont pour fonction que de protéger les édiles au cas où un accident surviendrait. Que ne les remplace-t-on pas par des panneaux : « baignade non surveillée, à vos risques et périls » ? D’autant que l’un de ces plans d’eau est une réserve pour les eaux potables de la région et que l’interdiction de baignade et d’activités nautiques y est pour le coup tout à fait justifiée. Les berges de ce lac-là sont moins accessibles et génèrent peu l’envie de s’y baigner mais rien en tout cas ne distingue la vraie interdiction de l’interdiction bidon.

Il est bien loin le temps de l’interdit d’interdire ! Qui n’est pas tenable naturellement, on le sait bien. Mais tout de même, dans le bal des interdictions/obligations/injonctions, souvent contradictoires, qui n’ont cessé de nous assaillir tout au long de cette crise, ne faudrait-il pas moins d’interdictions mais alors réellement appliquées et plus de mise en responsabilité ?


(lundi 25 mai, 16 heures)

 

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26 mai 2020

Marché thermomètre

 

par Bernard M.


 

Le marché, dont j’ai suivi les aléas tout au long de la période, est désormais comme un thermomètre du déconfinement.

Samedi il était un peu plus fourni que la semaine précédente. On est à deux commerçants sur trois, ce qui fait que certains, qui compte tenu de l’alternance annoncée ne pensaient pas pouvoir être là aujourd’hui, ont pu tout de même venir et s’en réjouissaient. Sur le boulevard le marché non alimentaire était entièrement de retour. Le bistrot au pied de chez nous n’était certes pas ouvert mais pour la première fois il servait des cafés à emporter. La circulation restait fluide mais il y avait plus de monde, plus de croisements malgré le sens unique théorique mais pas toujours complètement respecté, quelques abcès de fixation à certains moments à la hauteur de l’agence bancaire, bref il s’est trouvé des moments où la distanciation n’a pas pu s’appliquer parfaitement. C’est là que le masque a un sens et j’arborais quant à moi celui distribué par la Mairie que nous avons trouvé récemment dans notre boîte aux lettres (bien sûr circulent sur les réseaux sociaux les inévitables messages disant qu’ils sont nuls comme tout ce que fait n’importe quel gouvernant ou institution !).

Les commerçants faisaient signer une pétition pour le rétablissement total du marché avec respects des règles sanitaires. J’ai signé bien sûr, ça ne mange pas de pain. Mais c’est compliqué. L’espace actuel peut sans doute accueillir un peu plus de commerçants sans trop tasser mais pas tous. Créer des extensions dans les rues menant à la place n’est pas possible, elles sont bien trop étroites. Nous verrons de semaine en semaine comment cela va évoluer mais, quoiqu’il en soit, avec masques et distanciation on ne retrouvera pas de sitôt l’ambiance et la convivialité d’avant.


(dimanche 24 mai, 12 heures)

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25 mai 2020

Le monde des soixante-huitards


par Brigitte Beaudin



Déjà plus de deux mois que je vis dans cette petite maison dans laquelle j'ai le loisir de lire et de réfléchir tranquillement, les visites étant très rares.

Dans le livre "Entretiens sur la fin des temps", les quatre contributeurs (NDLR : Jean-Claude Carrière, Ulberco Eco, Stephen Jay Gould et Jean Delumeau, éd. Pocket, 1999) analysaient la façon dont les hommes avaient appréhendé les crises et conçu le temps comme linéaire avec un début et une fin ou comme cyclique, comme si tout était un éternel recommencement.

Nous, les enfants de l'après-guerre, nous avons vu nos vies se transformer sans que nous en ayons véritablement conscience.

Mon mari a vécu son enfance ici. Il se rappelle que l'on allait chercher l'eau au puits, qu'il n'y avait qu'un poële à bois pour chauffer le séjour, que l'on ne se nourrissait que des légumes du jardin, des fromages que sa grand-mère fabriquait avec le lait des deux chèvres qu'elle élevait, que la viande était rare et qu'on l'achetait chez les fermiers du village pour les grandes occasions. Alors, le retour aux "circuits courts", la fin de la société de consommation, la frugalité, c'est un retour en arrière et en même temps un but que nos contemporains se fixent pour sortir de la crise et sauver la planète.

Nous sommes des enfants de 68, avons profité des progrès techniques et rêvé d'un monde plus juste et d'un retour à la nature. 

 

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Les chanteurs que nous avons aimés nous faisaient prendre conscience que "la montagne est belle", préférable à la vie en HLM et s'inquiétaient de voir apparaître sur les tables des poulets aux hormones.

Ils se sont impliqués dans des associations humanitaires et ont mis leur art au service de causes diverses. J'ai encore le vinyle pour l'Éthiopie, les CD vendus au profit de Sidaction et des Restaus du cœur et des tas de chansons dans la tête.

J'ai aimé le monde des soixante-huitards qui ont ouvert tant de portes sur la liberté et ici, dans une maison confortable, j'ai le loisir de repenser à nos espoirs et de constater qu'ils ne sont pas morts. La vie continue...

  

 

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Sans contact

Deuxième semaine du déconfinement progressif

parJasmine Schwarz


 


J8

Mots épars mots rares

entre activité débordante

et sous-activité

pensées somnolentes

 

Carte de paiement sans contact

jusque-là refusée

résolument réactivée

pour raison sanitaire

consommer sans compter

ne plus rien maîtriser

 

J9

Peu à peu

le souvenir du vécu récent

s'effiloche

mais un sentiment de mort

prégnant

habite nos maisons

Partout autour de nous, la mort est chez elle.

Elle nous regarde par les fissures des choses,

écrivait R. M. Rilke

 

J10

Tant de gens insouciants

si proches

agglutinés sans masques

Clusters à l'horizon

sur toutes les ondes

dans toutes les bouches

Regroupement groupe grappe

Entourage essaim amas

rassemblement

ensemble

foyer de contamination

 

J11

Jeudi férié ascension

Sur la table du salon

un bouquet de renoncules

blanches et roses

rieuses et joufflues

Le fleuriste du quartier

est de retour

 

Comment ranger les livres

dans la bibliothèque

par genre auteur

ordre alphabétique

format ?

Quel que soit le choix

les livres n'en font qu'à leur tête

se dérobent à tout ordre

Aujourd'hui piocher

le titre du hasard

Kaddish d'Allen Ginsberg

 

J12

Matinée volée par un sommeil

inaccoutumé 

Pas le temps de cuisiner

se délecter d'un sandwich au jambon

et café

comme au bon vieux temps

des troquets

 

Lavande et papillon

 

Lavande thym romarin et sarriette

en fleurs

les papillons musardent

Un goût de Provence

aux abords de Paris

Récolter le travail

du maître des saisons

 

J13

Une première grande marche

déconfinée

Rencontres

Voitures à l'infini

Détritus en abondance

Des canettes vides bordent la Marne

masques et gants usagés

jonchent les trottoirs

au pied des arbres

Plastiques à tout vent

Ville poubelle

les barbares sont toujours là

 

Vite retrouver la paix du jardin

Dans le banal devenu quotidien

rester chez soi

 

J14

Les super-contaminateurs

aux pouvoirs décuplés

véritables « cluster bomb »

ou purs mirages ?

 

Rester loin des autres

en pur ermite

garder la distance

s'enfermer dans l'illusion



 le 24 mai 2020

 

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Correspondre aujourd’hui

 

par Anne Poiré


 

Je viens de courir vers Patrick, en train d’améliorer le coin de notre jardin de la paix, entre rochers et plantes ensoleillées, et je lui ai dit, le cœur battant : « Patrick, je viens de recevoir une lettre de toi, que tu m’as écrite il y a deux ans ! »

En plus c’est dimanche, aujourd’hui, c’est la fin de l’après-midi. Pas de passage du facteur.

Il est allé s’asseoir, intrigué, du côté du bassin à poissons rouges, et là, j’ai ajouté : « Elle a été publiée, il y a plus d’un an ! » Sa surprise a été à la hauteur de l’émotion que je venais de vivre, et que je vis toujours, d’ailleurs.

Je crois que mon récit va sembler décousu, sera long. Je ne peux en brûler les étapes. C’est tellement incroyable !

D’abord il me faut préciser que notre rencontre, en 1984, a été marquée, dans ses premières semaines, par un échange de correspondance que d’aucuns traiteraient d’exaltée. Elle a permis, surtout, de poser les bases de ce que furent les plus de trente années qui allaient suivre. Cet homme, si secret, si discret, m’envoyait des lettres de quinze ou seize pages, parfois bien davantage. Les 800 kilomètres qui nous séparaient expliquaient ce mode opératoire, et notre situation, nos 22 ans de différence d’âge, sa vie, organisée sans moi, et la mienne, sans lui. Nous avons échangé une correspondance d’une densité, d’une poésie, d’une... bref, des lettres d’amour, comme tous les couples, sans doute, aimant écrire, peuvent en rédiger, et c’était vrai de lui comme de moi.

Désormais, nous sommes plus que réunis, fusionnels, ensemble tout le temps, et les lettres sont du même coup devenues plus rares, même si j’aime, parfois trouver en rentrant des courses, par exemple, un petit mot, sur la table, m’indiquant où retrouver mon prince. Je me plais également à lui en laisser un, avant de m’éclipser de mon côté. Autre forme de correspondance... Devenus plus ordinaires, je ne date pas ces billets, et pire encore, ne les conserve même pas tous ! Et pourtant, nous ne nous aimons pas moins...

Je tourne, je dévie, l’essentiel n’est pas là. L’important, c’est que je dois ce jour à R. C. – à C. D.G. et à l’APA, également, une merveilleuse, irremplaçable émotion.

Reprenons.

Confinée, pas du tout déconfinée encore, depuis le mois de mars, j’ai le moral un peu fragilisé, ces jours-ci. Sans doute une angoisse souterraine, qui vient me balayer le cœur, à l’idée, justement, que le télétravail risque de s’arrêter dans huit jours. Le ministre nous dira, dans quelques heures maintenant, ce qu’il en est. J’expédie peut-être ce soir (pour le lundi 25 mai), l’avant-dernier mail et cours à mes chers élèves. Le dernier sera, serait, pour jeudi, et puis, la semaine prochaine, nous arrêterons peut-être le distanciel pour passer au présentiel, nouveaux mots à la mode. (Pourquoi un « c » à distanciel, et un « t » à présentiel », puisqu’il est question de distance et de présence, avec chaque fois la même consonne ? R. R. peut-être pourrait me l’expliquer. Bref, je louvoie, je le sens. Trop émue encore par ce vécu si frais pour vous le raconter en ligne droite.

R. C. a eu une heureuse initiative, il y a deux ans déjà : lancer un questionnaire, sur le rapport à la correspondance. Je passe les détails, sinon c’est un roman que je vais vous écrire pour vous raconter tout... Mais bon, en gros, déjà, je lui ai répondu par la poste en avril 2018. Nous avons échangé deux mails à ce sujet, dont un qui garde trace d’un événement important pour moi : je craignais de tarder à lui répondre car je venais de subir une petite intervention, sans importance, mais comme je n’ai aucune expérience hospitalière hormis ma banale appendicite de la toute petite enfance, c’était pour moi une Aventure. Le fait est que je lui répondis dès le soir même, puis cinq jours plus tard...  En juin, la même année, c’étaient les Journées d’Ambérieu ! ô merveilles : des rencontres, des rires, des connivences, c’est toujours tellement riche. Le thème de l’année, Les correspondances de gens ordinaires, allait être développé entre le 22 et le 24 juin.

Je ne peux détailler ici tous ces moments, la rencontre avec N. G. D. et son compagnon, photographe, le dépôt qu’elle a fait, les retrouvailles avec P. L., les rires notamment avec M.L, F.B.J.... En particulier lorsque cette dernière a lu quelques lettres tirées au hasard du sac postal qui avait été mis à notre disposition, pour que chacun puisse déposer le courrier de son choix, rédigé dans le cadre des ateliers d’écriture des Journées, ou ailleurs, librement, pendant ces trois jours. J’ai présenté notamment le travail de mémoire – familial - que j’ai réalisé, en plusieurs tomes, en m’appuyant bien sûr sur la correspondance amoureuse échangée entre mes parents : public « en sympathie », je me suis sentie gorgée d’énergie.

Et puis le temps passe. En mars 2019 est publié le Cahier de l’APA n°68, suite à l’enquête de R. et C. En principe, dès que je reçois La Faute à Rousseau, ou Les Cahiers de l’APA et plus encore les Garde-Mémoire, je les dévore, de la première à la dernière page. Je suppose que ce que je vivais en mars 2019 était trop difficile... Ou bien l’ai-je commandé avec retard, pas même dès qu’il est sorti ? Il me semble que, y compris pour l’acquérir, j’ai tardé ! Un jour, en tout cas, il est arrivé. Furtivement, j’ai glissé ce cahier dans la pile à lire, et d’urgent et récent, il est devenu de plus en plus ancien, abandonné, presque, j’en ai honte.

 

Poiré 25 mai A


Non pas oublié, mais attendant son heure.

Ce n’est pas faute d’intérêt, promis juré. Mais cet automne hiver 2019 – suite de ce printemps 2019 - a été très perturbé, et c’est ainsi, les piles chez moi poussent plus vite que les orties. La revue est passée tout au-dessous !

Il a fallu le confinement, il a fallu ce vendredi 13 mars 2020 de retour du lycée sans connaître la date de l’éventuelle reprise, pour que je me fixe un objectif de rangement démesurément ambitieux : venir à bout du tas papier, des centaines – milliers - de mails en retard, venir à bout de tout...

J’ai peu rangé durant ces deux mois, à vrai dire, toujours trop occupée, à trouver des activités à mes yeux plus intéressantes et urgentes. Mais, tout de même, l’amoncellement de messages électroniques comme celui dit « papier », a baissé. Considérablement. Et même assez vite, finalement, puisque, presque chaque jour, depuis bien un mois, peut-être même davantage, avec ce grand beau temps, je descends au jardin, un livre, un cahier dans lequel écrire, un stylo, ET Correspondre aujourd’hui – Une enquête de l’APA enfin retrouvé à la main.

Peut-être est-ce parce que j’avais tant de retard, je ne peux guère m’expliquer ce qui s’est produit, pourquoi j’ai tant tardé... La date était ancienne. Je ne fonctionne jamais ainsi. Je lis toujours les publications de l’APA tout de suite. Et de la première à la dernière page, dans l’ordre.

Je peux le dire, j’avais vu – mais quand ? - que ma réponse du lundi 19 mars 2018 était publiée, aux pages 36 à 43 : Un rapport bien personnel à la correspondance. Je dois avouer que, curieusement, je ne l’ai pas encore relue ! Là encore, voilà qui ne me ressemble pas ! Je vais le faire, promis. Sans doute ce premier jet, pulsionnel, pas vraiment travaillé, qui se retrouve ainsi publié me rappelle-t-il mon premier lien avec P. Lejeune : j’ai répondu à un questionnaire de sa part, je me suis à peine relue, je l’ai posté, et non seulement j’ai été publiée grâce à lui pour la première fois aux éditions du Seuil, mais surtout, je suis entrée dans cette grande famille qu’est l’APA.

Chaque jour, depuis plusieurs semaines, je sors mon Cahier n°68, et je ne le lis pas, et surtout pas dans l’ordre. Je survole une ligne ou deux. Paf. Je le repose. Je ne peux expliquer ce phénomène. Et tout à l’heure, puisqu’il me faut faire court, ici, je ne détaille pas, pourtant j’en aurais à dire, moral dans les chaussettes, impression que rien ne sert à rien, que la vie est parfois compliquée, que sais-je, bref, un de ces moments où on a besoin d’un remontant et qu’on sait qu’on ne le trouvera nulle part, tout en souriant avec L’histoire de France vue par San Antonio, livre de poche acheté à l’époque où les francs existaient encore, et qui lui aussi a traîné, attendant son heure et son jour, j’attrape d’une main molle ce Cahier exceptionnel, et soudain, mon cœur cesse de battre : c’est page 27.

Page 27.

Le 5e exemple de textes trouvés dans le sac postal d’Ambérieu en Bugey. Une mention en italique précise (Un mot d’amour...). Et là je comprends que Patrick m’a écrit, cette année-là, aux Journées de l’APA. Je suis la destinataire qu’il s’est choisie. Il a été contrairement à moi toujours prolixe, d’une sobriété qui lui ressemble, allant à l’essentiel, notre essentiel à nous. Je le reconnais, pleinement. Je rougis.

Poiré 25 mai B


Voilà qui fait remonter un souvenir. Encore associé à la correspondance. J’ai animé longtemps des ateliers d’écriture dans une médiathèque. J’avais suggéré, un jour, comme piste d’écriture, de rédiger une lettre que l’on n’avait jamais envoyée, ou jamais reçue, au choix. Je me souviens de cette dame, veuve depuis peu, qui nous a lu, en larmes, dans un silence chargé d’émotion, un texte fulgurant.

Son mari ne lui avait JAMAIS écrit, de sa vie, et elle avait toujours espéré, attendu, rêvé. Et maintenant il était mort. C’était trop tard. La lettre qu’elle a imaginé qu’il aurait pu lui écrire, ou celle dans laquelle elle lui expliquait sa frustration, sa blessure, je ne sais plus, au juste, cette lettre a suscité des pleurs dans les yeux de tous ceux qui étaient là, et des années après, certains participants m’en parlent encore, bouleversés.

J’ai revu cette femme, un peu plus tard. Elle tenait à me dire... Elle était si émue ! Touchée jusqu’à l’os. La vie est parfois tellement romanesque. Son mari... Elle venait de retrouver, en rangeant, dans sa maison... Il lui avait écrit. Elle avait enfin trouvé les lettres tant attendues.

Les avait-elle oubliées ? Ne les lui avait-il jamais envoyées ?

Eh bien, cet après-midi, je viens une fois de plus de me faire rattraper par le réel, si incroyable. Si proche de la fiction ! On me le raconterait, le croirais-je ?

Patrick m’a écrit une magnifique lettre d’amour. Et je l’ai reçue DEUX ANS après, juste au parfait bon moment. Juste quand j’en ai tellement besoin.

 

Poiré 25 mai C


La correspondance, avec mes élèves, nous en avons vu le sens avec le roman épistolaire de Montesquieu Lettres persanes. Et puis, tout récemment, voilà que chez Baudelaire, il en est à nouveau question, mais cette fois, c’est ce lien, cette alchimie, de tous les sens : synesthésie absolue, ils ont découvert comment tous les chemins de la perception, en alerte, peuvent merveilleusement s’amplifier les uns au contact des autres. La vue, le toucher, le goût, l’odorat, le passé, le présent, le futur. Tout se mêle, et les mots sont là, pour tenter de dire.

Je voudrais remercier l’APA, pour ce saisissement ! J’aurais déjà été très émue en juin 2018, puis en mars 2019, mais alors là, en mai 2020, c’est une apothéose !

MERCI chère APA !

Merci cher blog « Une invitation à écrire : Vivre confinés ». Sans cet espace, en ce « temps d’exception », tous ces textes écrits ces jours-ci n’existeraient pas.


 

Dimanche 24 mai 2020

 

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24 mai 2020

Trottinette


par Anne Poiré



Joies du déconfinement. Hier, discussion téléphonique – ma vie sociale du moment ! – avec C. Elle est allée dans la petite ville de C. faire ses courses, dès la fin du confinement : « Il y a des commerces que j’aime bien, et je leur ai dit, carrément : « Je viens, parce que je veux que vous puissiez continuer à exister, je voudrais vous aider à tenir... »

Et puis, avant-hier, elle a dû passer chez le notaire, avec son frère, pour une signature. En sortant, ils ont vu cette commerçante, qui tient un magasin de jouets, désert, dans cette toute petite ville. « Tu sais, juste à l’angle du boulevard. Elle était sur la porte, toute seule, à attendre le chaland. Mon frère m’a dit : « Elle m’a fait de la peine, tout à l’heure... »

Sa sœur n’a pas hésité : « On y va ? »

Et elle a poursuivi son récit : « On est ressorti, on s’était acheté chacun un jouet ! Lui, un camion de pompier... Et moi, du haut de mes 54 ans, une trottinette ! »

Son mari s’est moqué d’elle : « Si tu étais passée devant un garage BMW, et que le concessionnaire t’ait apitoyé, alors, tu aurais fait pareil ? »

Il peut la railler !

D’abord, C. n’a pas du tout envie d’une voiture de quelque marque que ce soit. Et puis, la commerçante a dû apprécier leur geste, si elle en a deviné la portée. Quant à son frère, il a emporté son joli camion de pompier, serré contre son cœur d’adulte, et elle, elle a maintenant – comme moi, quand j’étais petite - une jolie trottinette.

Na na nère...

 

Poiré 24 mai

 


(Samedi 23 mai 2020)

 

 

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23 mai 2020

Déconfine-toi, déconfinez-vous


par Lison


 


masque 7


Sortir du confinement déconfit, déconfite. La première semaine, un confinement plus léger et choisi se poursuit dans l’allégresse, si j’ose dire. On recommence à être autorisé. Une espèce de liberté surveillée. Finalement, je ne m’y trouvais pas mal dans ce confinement imposé. J’avais pris de grandes résolutions pendant huit semaines, à savoir ce que je pourrais conserver de mes bonnes intentions. Quelles activités me sont indispensables pour mon bien-être et ma réjouissance ? Quelle est ma part à faire pour notre planète en grande souffrance ? J’ai fait du tri dans ma maison comme dans mon cerveau et je m’en portais bien.

Le déconfinement est survenu. J’ai commencé à accueillir mes enfants et petits-enfants qui s’étaient bien confinés eux-aussi. Le rendez-vous chez la coiffeuse a suivi. Normal pour changer de tête. Quant aux courses, elles ne sont pas devenues plus simples, le port du masque et toutes les précautions à prendre dissuadent de sortir. Quelques interdits sont levés mais le virus, lui, est toujours là. Les médias nous en rebattent les oreilles, on ne peut l’oublier.

Peut-on de nouveau revoir sa famille, ses amis ? Les plus peureux s’en abstiennent encore et ne savent pour combien de temps, les plus hardis, ou les plus inconscients peut-être, bravent le risque. Mais quoi que l’on pense et quoi que l’on fasse, on brasse entre deux eaux inconfortables. Le déconfinement n’est pas une mince affaire et s’avère aussi anxiogène et finalement plus compliqué que le confinement lui-même, surtout pour les travailleurs. Parole de retraitée. De nouveau les rues et les commerces appartiennent à la foule et fourmillent d’un monde, j’allais écrire nouveau. Pas tant que cela, j’en perds mes illusions.

 

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